Wallonie

Contact :

Activités

Pèlerinage à Notre-Dame de Foy

File:Foy-Notre-Dame JPG00.jpg - Wikimedia Commons
Eglise de Notre-Dame de Foy

« –Demain 15h00. Compris ?

— Entendu. »

Assise à son bureau, Marguerite-Marie repasse une dernière fois tous ces contacts. Cette fois, c’est bon, tout est prêt. Rejoignant Geneviève qui s’affaire dans la cuisine, elle sent une odeur suspecte :

« – Mais que se passe-t-il ici ?

— Bah quoi ? Je fais les crêpes.

— C’est pour ça toute cette fumée ?

— Tu sous-entends quoi là ?

— Euh, qu’on va s’en souvenir longtemps de cette journée.

— Mouais »

Vendredi soir, 12 février, pour la première fois la section ASC-Belgique met sur pied sa première activité : un pèlerinage à Notre-Dame de Foy. En plus de ses membres, réunis avec peine, le périple est ouvert à tous ceux intéressés par l’illégalité d’un rassemblement qui mettra la vie de millions d’être humains (au moins) en péril de mort. Au total, ce seront quinze hors-la-loi qui iront braver le froid, la faim et l’interdit.

Samedi 13 février. 15H00. Comme prévu, on est en retard. Enfin au complet, le convoi démarre sous les yeux étonnés des quelques habitants de cette bourgade. Ils ne devaient pas être habitués à voir du monde, encore moins par les temps qui courent. L’abbé commence le chapelet pour confier la journée et la jeunesse à la Très Sainte Vierge Marie. Les dizaines s’enchaînent les unes aux autres, introduites par de courtes méditations soigneusement réfléchies. Des chants aussi rythment notre marche au milieu de ces plaines enneigées. Oui, ce n’est pas tous les jours, mais aujourd’hui la neige recouvre toute la terre : les champs, les arbres, les buissons… : tout est blanc, et même les sentiers qui se confondent et se perdent… Ainsi, des heures durant (deux pour être franc) nous parcourons la campagne wallonne sans prendre gare aux regards effrayés d’hommes soucieux de notre santé, nous voyant gambader sans gants, sans bonnet, sans même le masque ! Entourés d’une neige si pure, on ne peut s’empêcher de penser au chant russe bien connu : Kazatchok.

« Quand la neige a recouvert la plaine

Je prends mon écharpe et mon manteau

Et je traîne mon sac avec peine

Plus jamais je ne ferai d’rando. »

La faim commence à en prendre certains. J’en vois un dans mon dos qui mange un bout de viande crue. Par prudence, j’accélère le pas, on ne sait jamais. Ah ! Un clocheton pointe au loin. On approche, et plus rapidement encore on avance, sans doute à cause du froid. À l’entrée du bourg, un calvaire remarquable attire l’attention des plus curieux (comprenne qui pourra). Et enfin, d’un air triomphant, les bannières claquant au vent, nous traversons le passage piéton pour rejoindre le parvis de l’église. Aussitôt dans le sanctuaire, la chaleur réchauffe nos membres congelés. Puis nous nous avançons vers la statue de la sainte Vierge entourée de cierges, preuves d’une dévotion toujours existante, quoique vacillante. C’est alors à l’abbé de prendre la parole pour clôturer ce pèlerinage. À peine a-t-il commencé qu’une porte s’ouvre et déboule monsieur le curé, ou du moins ce qu’il nous en parut. Sombre, il nous fixe longuement et, dans un fracas épouvantable, referme la porte. Sur ces entrefaites l’abbé poursuit. Il rappelle notre rôle à jouer, et en particulier aux ASC : être apôtre. Vaste programme qu’il détaille par l’exemple du grand saint Paul. Si tous n’avons pas reçu « des dons de guérisons, d’accomplissement d’œuvres de puissance, de la prophétie, de discernement… »1 du moins à nous tous Dieu donna la Foi « qu’on ne met pas sous le boisseau »2. Alors, on ne laisse pas tomber les bras, et en avant ! Comme le disait un contemporain : « L’heure vient où, pour sauver le monde, il faudra une poignée de héros et de saints qui feront la Reconquête »3 et nous serons de ceux-là.

Le pèlerinage s’achève, mais pas la journée. Sortis de l’église, on se précipite dans les voitures : direction Repas. On n’a pas marché tout ça pour rien. Heureusement certains ont pensé à tout. Sans tarder, nous voici tous réunis autour d’une table bien garnie. Des crêpes succulentes, et en quantité suffisante, nous sont servis avec dévouement par nos hôtes bienveillants.

Et c’est ainsi, qu’après une journée pleine de surprises, la nuit laissa la place aux souvenirs.

1Saint Paul, épître aux Corinthiens, I, 12 (traduction adaptée)

2Saint Matthieu, V, 15 (traduction adaptée)

3Léon Degrelle, Les âmes qui brûlent.


Visite de Bruges

Vendredi 19 février, 23h00 passé : il était temps ! Parti de Bordeaux, passant de villes en villes prendre les volontaires, enfin Jean et trois autres camarades français arrivent au fin fond de ce pays où naquit Clovis1. À peine arrivés, les voilà déjà couchés. Ils n’ont pas tort en même temps, car demain les Belges leur ont préparé une rude journée. C’est pour eux un jour inédit que de voir une telle délégation reconnaître leur existence. Depuis deux jours, au moins, ils s’activent sans relâche : jamais on ne les a vus dans un tel état. Tous sont venus, tous se sont mobilisés : 4, et au grand complet.

Le beffroi

Samedi matin : direction Bruges où ils ont prévu de passer la journée. Bruges est cette petite ville médiévale flamande, traversée par plein de petits canaux, d’où son surnom « la Venise du Nord ». On commence par le beffroi aux quarante-sept cloches. Malheureusement, plus aucune visite n’est disponible aujourd’hui. Tant mieux ! Car au pied du monument on est déjà assourdi par ce carillon incessant. Après quelques hésitations sur l’itinéraire, préparé soigneusement la veille, on arrive à l’église Notre-Dame. À peine étions-nous entrés qu’on se fait brutalement postillonné dans un dialecte incompréhensible2 par trois agents de sécurité. Ah oui, le masque, on avait oublié… Pas besoin de dire qu’on est pas resté longtemps dans ce sanctuaire sous haute surveillance. Passant à la gare chercher une nouvelle camarade (nous voilà neufs à présent !) on traverse le béguinage, petit quartier reclus où vécurent semblables à des religieuses, dans des maisonnettes, des femmes laïques. À l’origine, ce sont les épouses des chevaliers partis en Croisade qui s’établirent ici. Mis-à-part le silence requis à l’intérieur de l’enceinte, pas grand-chose à voir. Puis nous voilà dans la grand-rue, tout en travaux : on se bouscule on se piétine, ça n’avance pas. Ah ! enfin la Grand-Place, l’Hôtel de Ville à droite, la Basilique du Saint Sang à gauche. Sous une petite arcade, un sombre escalier en colimaçon nous mène jusqu’à cette petite basilique aux mille couleurs. Sur un autel, exposé à tous les fidèles (du moins quand on y va à la bonne heure…) se trouve la fiole contenant le Sang Très Précieux de notre Sauveur. C’est Thierry d’Alsace qui la ramena à la suite des Croisades. Là, avec dévotion, nous avons récité le chapelet à toutes vos intentions et celles des ASC.

L’heure avance : midi sonne à tous les clochers. On s’en doutait : notre ventre nous le disait bien. « Dis, on irait pas prendre une frite, une fois dis ? » Pas besoin d’un long plaidoyer, ça fait l’unanimité. Sous un soleil accablant, on fait découvrir à nos invités la spécialité du pays, et alors qu’ils nous disaient « C’est excellent » nous pensions en nous-mêmes « C’est écurant, elles sont toutes palotes, même pas cuites ». Heureusement ces Français ne se sont aperçus de rien. Après ce succulent repas, qui en laissa plus d’un sur sa faim, on passe devant la cathédrale Saint-Sauveur, fermée évidemment, et on continue jusqu’à la place Verbeke qui n’a d’intérêt que le nom. Photo de groupe et demi-tour. Mais si la visite de la ville s’achève ici, il est encore temps d’aller à la mer ! 15h00 et pas une place de parking. C’est bondé, normal il fait beau : on est en février. Quelques pas dans l’eau, une petite photo, et c’est fini on déguerpit.

De retour à Namur, on s’attaque au plus important : le repas, sans négliger au préalable le topo de Marguerite-Marie. Rappelant la finalité de l’homme, sa nature et les moyens adaptés pour parvenir à sa fin, elle met en évidence le rôle du chrétien dans la société et son importance toute spéciale aujourd’hui dans un monde où tout part à vau-l’eau. En plus de tout ce qu’on aura appris, elle nous a ouvert l’appétit. Durant le dîner, gentillement préparé par Lucien, les thèses les plus farfelues sont soutenues : l’un prétend que les Saintes Écritures ne sont pas historiques, l’autre que l’amitié existe… de plus en plus saugrenues. Pendant la vaisselle, quel hasard ! il faut aller chercher une nouvelle camarade. Pour la bonne cause, certains s’absentent allègrement. « Mouais » comme dirait Geneviève. Puis vient le moment du recrutement. Pour se faire, un diaporama relatant les péripéties du camp d’hiver. Il n’y a rien à dire, si le but est indéniablement de la propagande, je puis vous assurer, moi qui ne suis pas des ASC, que ce qu’on y voit c’est bien la réalité, et je dirais même que celle-ci est bien plus belle que toutes les représentations qu’on peut vous en faire. Mais il se fait tard : le soleil est déjà couché ! (normal on est en février). Alors vite, on s’enfourne dans les voitures pour rejoindre nos logis respectifs : c’est la famille Verbeke qui va nous supporter. Que ce soit les parents avec les filles ou les grand-parents avec les garçons, nous allons les sanctifier. C’est la nuit. Rien à dire si ce n’est la dureté du plancher…

Dimanche matin, une fois le ventre plein, Jean nous expose les ASC, son histoire et ses causes. Son passé, son idéal, ses moyens et sa fin ne peuvent rester sans effets pour ceux qui ont écouté. Puis vient le repas après laquelle une petite ballade aide à la digestion du surplus qu’on aurait englouti. L’heure tourne. À la chapelle, on remue autour de l’autel : il faut préparer la messe et répéter les hymnes liturgiques. Comme les Vendéens en d’autres temps, dans une grange délabrée, la messe commence. Au fond, certains des nôtres sont allés renforcer la chorale. Pendant le sermon, l’abbé nous encourage à jeûner le plus souvent possible : « Un esprit saint dans un corps sain »3. Enfin vient le départ, on ne traîne pas, car la route est longue jusqu’à Bordeaux. Et voilà, le séjour s’achève, il ne nous reste plus qu’à nous souvenir, en attendant de mourir.

1Pour rappel, Clovis est né à Tournai (Belgique)

2Selon certains, c’était du flamand, un dialecte mal identifié, parlé dans le nord de la Belgique, mélange d’Allemand et d’Anglais.

3Paraphrase de Juvénale


Randonnée dans les Fagnes

« Bon, je crois qu’on est perdu.

— Pas du tout, je sais exactement où l’on est.

— Ah oui ? C’est pour ça qu’on tourne en rond depuis des heures ?

— Avance au lieu de gémir.

— Passe-moi la carte ! »

Ah ! Si j’avais su, pense Gilles, comment ça allait tourner, jamais je n’aurais accepté d’organiser cette randonnée pour ces bras-cassés. Qu’est-ce qui m’a pris pour proposer mon aide et croire faire plaisir ? Ça doit être encore une de ses manigances à elle, celle-là, ma cousine, qui m’a embobiné dans sa combine. Je me souviens du soir où elle m’appela : « Allô, Gilles ? Tu vas bien ? J’ai un service à te demander… » Et voilà comment tout à commencer.

Il me fallait d’abord décider du lieu. Bien entendu, après avoir soumis deux possibilités, personne ne me donna son avis de sorte que, contraint de trancher moi-même, je m’exposais aux critiques de tous qui, bien évidemment, auraient préféré l’autre proposition. Heureusement pour moi, leur mollesse est telle qu’ils ne se fatiguèrent même pas à me reprocher quoi que ce soit. Même le Français, de qui nous attendons toujours les remarques, ne se plaignit pas, contrairement à leurs habitudes. Nous irons donc dans les Fagnes, région connue de tous ceux qui connaissent la Belgique, c’est-à-dire de personne. L’avantage de ce coin, c’est qu’il est bourré de petits sentiers pédestres, pas besoin de planifier un itinéraire dont tout le monde se plaindra. Bon, mis-à-part les petits problèmes pour se rendre à l’autre bout de la Belgique, le reste s’arrange plutôt bien, en gros personne ne dit rien, j’en conclue selon l’adage : « Pas de nouvelle, bonne nouvelle ». Bien sûr, ce n’était qu’illusion…

Par un beau matin de printemps, sous une fine pluie maussade, nous étions au lieu de rendez-vous et pour quoi faire si ce n’est pour attendre le retardataire ? Enfin le voilà et nous voici partis pour les Fagnes. Sur la route, au fur et à mesure que nous nous rapprochons de notre destination, les bords étaient de plus en plus blancs, au point qu’à peine descendus des voitures, nous commencions la journée en jouant dans la neige. Il y en avait au moins vingt centimètres sur les sommets de Belgique, culminant à plus de 600 mètres ! Mais l’heure tournait et je peinais à les faire avancer tant ils étaient fous de neige. On aurait dit qu’ils n’en avaient jamais vue. Nous avons marché dans un silence glacial jusqu’à midi lorsque certains réclamèrent à manger « où nous mourrons de faim ! ». C’est alors que j’ai bien ri, car les filles commencèrent à délibérer sur le lieu du déjeuner, tant cela avait d’importance à leurs yeux. Doit-on se placer à gauche ou à droite de l’arbre ? Ou bien face ou dos au vent ? Mais ne faut-il pas se préoccuper davantage du soleil ? Et d’abord allons-nous rester debout ou s’asseoir sur un manteau ? Après bien des plaintes, elles se décident enfin à laisser chacun libre de faire à sa guise ; ça valait le coup de s’empoigner pour si peu. L’après-midi, marche sans relâche. Malgré l’état pitoyable des chemins inondés, nous essayions de rester grouper : seule Cunégonde marchait à l’écart de peur de se mouiller les pieds auprès de lourdauds comme nous qui ne nous soucions peu de là où nous marchions. Pas à pas, nous approchons du but et je leur demande s’ils veulent prolonger le parcours. Pour une fois, réponse claire, directe et unanime : « Non ! ». Bien que certains faisaient genre d’être déçus, dans le fond tous étaient bien contents de rentrer au plus vite ; car une chose importait : le dîner.

De retour aux voitures, ça ne traîne plus, la journée va enfin commencer. Chez la famille qui à chaque fois nous supporte (du moins lorsqu’ils ne sont pas virés de leur logis), le jeu favori (ça dépend pour qui) ne se fait pas attendre : loup-garou. A huit, neuf ou dix, c’est huit, neuf ou dix fois qu’il faut répéter les règles et nos oreilles en ont souffert. Entre temps, on prépare le repas : pâtes bolognaises. Qui s’en charge ? C’est moi comme chaque fois (bah oui puisque c’est la première fois). J’ai remarqué que lorsqu’une chose relevait directement de leur intérêt, ils étaient décidés à prendre les mesures en conséquence. Cette remarque, je pense, s’applique à tous les hommes qui n’agissent que par intérêt. Enfin soit, nous passons à table où les plus gros appétits se réveillent mais ne peuvent venir à bout des 3 kg de pâtes. Les conversations allaient bon train, passant du coq à l’âne comme cela semble être l’habitude à ce que j’en ai lu de leur dernière activité. Mais un repas sans dessert, ce n’est pas un repas. Heureusement, certaines avaient prévu le coup en nous ayant préparé un succulent tiramisu pour lequel nous les remercions beaucoup (vous voyez, c’est clair, nous ne les remercions que pour ce qu’elles nous ont apporté). Ventres pleins, pour terminer la soirée, Marguerite-Marie et Geneviève improvise un petit concert qui apaise les esprits les plus excités par cette journée palpitante.

Et puis l’heure est venue de se quitter, contents de s’être retrouvés pour mieux se séparer et étonnés de ne pas avoir eu d’accidents fâcheux à déplorer, pour lesquels nous remercierons Dieu.